Rédigée par une agente de la Police d’Ottawa au sujet de sa mission en Haïti…
Lorsque j’ai débuté mon détachement de deux ans au sein des Services intégrés de l'identification judiciaire de la GRC, j’ignorais qu’il me permettrait de vivre l’une des plus singulières expériences de ma carrière.
Le 12 janvier 2010, un séisme d’une amplitude de 7,0 sur l'échelle de Richter frappa Haïti, dévastant sa capitale, Port-au-Prince. Au cours de jours suivants, l’ampleur de cette dévastation devint plus évidente alors que le nombre de morts rapportés dépassa les 200 000. De ce nombre, on compte de nombreux membres du personnel international personnel ainsi que deux agents de la GRC en mission de maintien de la paix au compte des Nations Unies.
En réponse, le Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (MAECI) demanda à la GRC de coordonner les efforts d’identification des victimes de la catastrophe pour le rapatriement des victimes canadiennes. En cas normal, les équipes IVC d’Interpol auraient tenté d’identifier toutes les victimes, quelle que soit leur nationalité; toutefois, dans ce cas, ce n’était pas possible.
Comme leur nom le laisse entendre les équipes d’IVC (Identification des Victimes de Catastrophes) furent mises sur pied dans le but d’identifier les victimes de catastrophes.
Relativement à la mission haïtienne, la GRC adopta une approche multi-organisme pour former les équipes – une première depuis la création de l’IVC. Cette approche offrit au personnel des autres organismes l’occasion d’acquérir de l’expérience au sein d’un secteur leur étant normalement fermé.
Comme il s’agissait d’une mission «en situation difficile», chacune des équipes fut déployée pour une période ne durant pas plus de deux semaines. En plus du type de travail que nous exercions, il existait des conditions de travail éprouvantes et imprévisibles rarement rencontrées au sein de nos environnements contrôlés de notre pays.
Arrivant à notre morgue un matin, nous l’avons trouvée inondée par les pluies diluviennes pendant la nuit. Nous avons perdu une journée à déplacer nos tentes et à sécher notre équipement. Certains éléments de notre équipement de protection furent perdus et un chargement de rechange prendrait plusieurs jours à nous parvenir. La chance nous sourit au bout du compte, puisque la situation nous donna l’occasion de visiter nos collègues américains qui furent en mesure de reconstituer notre stock. Une relation de travail mutuellement bénéfique en fut issue, puisque nous eûmes l’occasion de les dépanner à notre tour la semaine suivante, lorsque leur matériel dentaire connut une défaillance.
Rien ne fut plus déroutant, toutefois, que nos brusques réveils par les puissantes répliques du séisme. Même si notre résidence était sûre au plan structurel, une partie du mur de sécurité et de celui de la cour arrière s’étaient effondrés lors du séisme d’origine. À un certain moment, notre équipe a envisagé camper à la base militaire ou à l’Ambassade canadienne. Ce qui nous donna un (très) petit goût de ce que les Haïtiens avaient vécu.